L’art de l’à-propos et autres plaisirs citadins (Bruxelles edition)

Parce que le sort m’a lancé des perles en pleine moule (argot bruxellois pour désigner la figure que j’invente ad hoc, sans vergogne ni culot), je me dois d’honorer le pacte tacite que j’ai signé d’un sang d’encre avec mes fidèles lectrices et lecteurs, et afficher ici les noms de commerces, rues et autres points d’intérêt belges qui, pour diverses raisons, goûtent drôle sur ma langue de Québécois.

1. Appeler sa clientèle par son nom

Griffé Gurda

2. Visiblement, son travail est bien connu, il n’a besoin d’afficher que le numéro de téléphone sur le camion.

Who de Man?

3. De quoi se rincer l’oeil

For Your Eyes Only

4. Fresh cock with nuts

I will have a little bit, please.

5. Ne passez pas par quatre chemins

Où la circulation coule de source.

D’autres suivront.

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L’art de l’à-propos

La vigilanse est un combat de tous les instants. Que ce soit en traversant la rue, en commandant en ligne ou en choisissant le nom ou le slogan de son entreprise.

Or, il arrive souvent,  par un manque de connaissances de la langue utilisée ou par une vision trop étroite qui aurait profité d’un deuxième avis ou d’un peu de recul, qu’on commette des erreurs de commercialisation. Les anecdotes sont légion. On n’a qu’à penser à Air Iberia, dont le slogan en France fut “Avec Air Iberia, vous y seriez déjà”. Or, la pub avait été affichée sur un panneau publicitaire en bordure du périphérique… et juste au-dessus d’un cimetière.

Il y a aussi l’histoire des insuccès de la Chevrolet Nova en Amérique Latine, en raison de son nom qui signifie “Ne va pas” en latino.

Heureusement, pas besoin de fouiller dans les annales de la publicité ou dans des contrées lointaines et inatteignables pour se régaler de telles maladresses. Il y a “Extrême déménagement” de Longueuil, qui jumèle une épithète qu’on souhaite à tout prix ne pas accoler à notre déménagement. Mais, mais, mais, il y a pire. À preuve, une garderie à Montréal, située directement en face d’un club échangiste, et qui porte un nom très, mais alors, très inopportun. Je vous laisse en juger par vous-même.

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Remarquez la plante estivale en pleine forme et le bonhomme de neige en plastique.

De la limite des robots ou « De grasse, ne corrigez pas »

Vous me connaissez, j’aime me garder en santé et en pleine forme là-dedans*. Et en tant que traducteur et rédacteur, je fais appel à des outils pour m’aider dans mon travail et offrir à mes client des textes immaculés**.

Toutefois, ces instruments souvent onéreux ne sont pas à l’abri des erreurs et leur usage demande une vigilance de tous les instants. Leur principal avantage : aiguiser notre acuité linguistique. Comme en témoigne cette omission au dictionnaire des noms propres d’Antidote, contre qui je n’ai aucune dent.

Beau thé classique

Si vous versez dans la traduction ou la rédaction de manière autonome, je vous suggère de lire sur un écran près chez vous mon billet sur les outils GRATUITS que j’utilise. J’y décris certains des logiciels de source ouverte disponibles, allant de la mémoire de traduction au traitement de texte, en passant par le bitexte et la comptabilisation des heures de travail. Comme on dit par chez nous, vous allez tripper fort.

*Je reviendrai dans un autre billet sur cette dernière phrase.

** Bravo. Vous avez trouvé la faute. Heureux?

Pour en finir avec « week-end ».

On a les combats qu’on peut.

Une traductrice d’expérience me corrige lorsque je lui ai souhaite une bonne fin de semaine. Elle me dit que c’est un anglicisme et qu’il faut dire week-end (avec ou sans trait d’union). Hum…

Je vais être bref. Si fin de semaine est un anglicisme — il s’agira d’un calque dans ce cas-ci, la locution copiant l’anglais —, alors, weekend, c’est quoi? Ben, euh… c’est de l’anglais.

Moi, je m’en fous que quelqu’un me dise « Bon week-end » (en fait, je ne m’en fous pas, je trouve ça gentil), mais je ne vois pas pourquoi on me reprocherait d’utiliser un calque au lieu de l’emprunt. Certains partisans de week-end prétextent que fin de semaine peut porter à confusion, car il peut désigner la fin de la semaine. Or, il m’arrive très rarement de souhaiter un bonne fin de semaine le mardi ou le mercredi, donc le contexte se charge de rendre mon chaleureux souhait limpide.

La littérature spécialisée à ce sujet nous dit que  le week-end est « un congé de fin de semaine, comprenant la journée ou l’après-midi du samedi et le dimanche », répertorié en 1906. Le Trésor de la langue française indique qu’il s’agit d’une fin de semaine chômée. Le Littré en ligne n’en dit rien et Termium qu’« à l’heure actuelle, l’usage consacre l’utilisation du terme «week-end» en France et «fin de semaine» au Canada. »

Enfin, voici ce qu’en dit l’Office québecois de la langue française : Lisez. Parce que lire, c’est ouvrir tout grand les portes de ..Ah, laissez tomber.

En français européen, l’emprunt à l’anglais week-end est accepté et son usage est généralisé depuis le début des années 20. On note même une extension du sens premier du terme. Week-end désigne ainsi, plus spécialement, le congé de fin de semaine que l’on passe hors de son domicile et que l’on consacre à des loisirs. On dit par exemple: venir en week-end, partir en week-end, etc.

Au Québec, dès les années 20, c’est le terme français fin de semaine qui s’est imposé dans l’usage pour remplacer l’emprunt week-end. Aujourd’hui, on remarque que week-end est d’un usage fréquent et que les deux emplois sont concurrents dans certains domaines ou certaines aires géographiques ou sociales. Dans ces conditions de concurrence, une acceptation officielle de l’emprunt ne pourrait qu’encourager la généralisation du terme anglais et même, éventuellement, le remplacement du terme français fin de semaine, pourtant bien implanté dans l’usage depuis plusieurs années. C’est pour cette raison que l’emprunt week-end n’a pas été retenu comme synonyme en français du Québec.

FINALEMENT, voyons ce qu’on dit dans deux autres langues molto muoy latines à propos de cette tournure supposément anglaise.

italien : fine de settimana

espagnol : fin de semana

Et même en allemand (qui n’est pas latin, mais basque) : wochenende (semaine-fin)

Comme on dit : je repose mon cas!

Je vous incite fortement à visiter le blogue d’un collègue qui, lui, s’attarde vraiment à tous ces points de langue et aux fausses difficultés véhiculées par les dictionnaires de difficultés et autres autorités prescriptives de la langue française:

Les Mystères du français

Le nouveau R

La langue est ainsi faite que c’est un phénomène composé lui-même de multiples phénomènes. Comme elle est en mutation constante, elle est par la même occasion sujette à des paradigmes, à des tendances aussi, voire des modes (ne pas confondre les trois, je vous prie). Plusieurs simultanément. Sous l’écrasant et irréversible mouvement de la masse, les usagers — eux-mêmes la matière première de cette masse — développent et adoptent des comportements linguistiques changeants.

Inutile de même parler de syntaxe ou de réforme orthographique. Parlons tout simplement de prononciation. Bien entendu, avec le temps, certains phonèmes (sons distincts et utiles dans une langue) semblables se confondent, phénomène appelé neutralisation dont l’exemple classique est l’opposition –in/-un que plusieurs régions de la Francophonie ne font plus. Ainsi, les Parisiens (pour ne nommer qu’eux) ne distinguent plus lundi de lindi.

Mais ce billet n’est pas sur la neutralisation. J’en parlerai un autre tantôt. Il est sur un mouvement qu’après enquête, je semble être la seule personne de mon entourage à avoir remarqué. Parce que je suis bon. Comme le titre le dit, c’est ce nouveau « R » qui fait rage chez les artistes et les intellectuels de tout acabit. Il rappelle ce « -izme » qui n’a pas duré (sociali-z-me, nationali-z-me). Sauf que « R » s’implante.

Mais à quoi ressemble-t-il? Et d’où a-t-il surgi? Eh bien, il semble que certaines personnes bien en vue ont vu Brigitte Fontaine sur la Butte ou à St-G-.d.-P et se sont mises à parler comme elle : « Bonjour, je voud-rh-ais un café noi-rhh, un b-rhh-in de suque-rhh-e et un-ne b-rhh-iocheu aux f-rh-ambouazzes. »

Ce tout récent R erre dans les palais des artistes, roulant de pair dans les palabres des penseurs, comme un récent riche en Rolls Royce sur les grands boulevards. C’est à croire que ceux qui l’arborent ressentent un regain de crédibilité (cré débilité, c’est le nom que je voudrais te donner) à l’oraliser à perpétuité. Tendez l’oreille, vous l’entendrez partout : c’est le petit R suivi de gros H, parfois précédé d’un« g », comme les cris de douleurs dans les phylactères : Arghh! que je meure.

1. Topographie de l’écriture

Topographie de l’écriture

Préambule

Je m’y mets, après tant de temps passé à ressasser de simples idées de base, à remâcher mes mots, à refaire ces phrases que je ne disais pas. J’en avais conclu qu’un blogue n’est un cadre convenable au perfectionniste que si celui-ci consent à l’être moins.

J’hésitais, me désistais à mon désir, non mon devoir, d’élaborer d’abord sur ce sujet que j’ai jusqu’à ce jour à peine percé, mais perçu (par expérience) comme une émanation mystique de l’âme, se manifestant par son ou dessin : la parole.

La parole écrite ou l’écriture

S’il paraît ambitieux de s’attaquer à l’écriture, sujet si vaste, aux ramifications si étendues, au contenu si massif, mes ambitions, elles, ne sont pas démesurées. Ce serait s’imposer une lourde commande de penser décrire et circonscrire l’écrire, aussi érudit soit-on, ce qui n’est guère mon cas. Bien sûr, comme tant d’autres au parcours comparable, j’ai avalé les lectures primordiales sur le langage et la sémantique; consommé quelques carnets de graphisme, de sémiotique; survolé par volonté vocationnelle des précis de grammaire, et tâté du traité de rédaction et d’usabilité Web 2.0..

Par curiosité, sans doute, mais aussi pour ne pas être pris en défaut. Surtout, par-dessus tout, pour savoir mieux écrire, pour pouvoir écrire peut-être plus souvent. Ou tout simplement pour dire plus en parlant moins. Enfin, parce que l’écriture repue que l’on lit dans les réclames et à la une, la langue circulaire qu’ont léguée les publicistes, journalistes, langagiers et académiciens à leurs rédacteurs, réviseurs et écrivains recrues demeure repère, répertoire et référence (plus tard archive), mais à cette heure, inspiration.

À ce titre, la première erreur du grammairien ne serait-elle pas de croire comprendre la nature des langues naturelles en se persuadant qu’au moment de les apprendre, elles ont atteint leur finalité? Soyons francs: aucune langue existante – pas même inventée – n’a de degré zéro; aucune n’est née en un moment, spontanément, sans autre origine que ces interlocuteurs. Chaque grammaire (dans le sens de structure linguistique) est la compilation de longues mutations, mais aussi de prescriptions arbitraires visant, d’une part à normaliser les communications d’une société, et d’autre part, à créer un clivage entre une classe sociale et les autres; et d’autre d’autre part, à cimenter un identitaire national bancal. Par ailleurs, la plupart des langues dites modernes (lisons européennes), n’occupent qu’une infime laize de l’existence de la parole, et sont surtout un produit conditionné par des organes du pouvoir.

En ce sens, l’insistance à appliquer des édits grammaticaux en rupture totale avec et la langue parlée et la réalité du monde contemporain, loin de valoriser la parole, la range à l’étrange rang de loi universelle. Les lois du monde, charnières ou routières, sont ponctuellement revues et modifiées, parce que le monde qu’elles doivent refléter change et ne correspond plus aux circonstances dans lesquelles elles sont nées.

Il n’est pas ici question de remettre en doute la pertinence de l’aménagement linguistique, de la préservation d’une langue – pinacle des symboles identitaires – ou de l’élévation culturelle de ses usagers. Il s’agit de comprendre et d’accepter qu’en tant qu’organisme en perpétuelle mutation, la langue ne peut être fixée à de fausses bases, ni régie par quelques érudits s’accrochant à des règles typographiques comme à autant de pitons pour éviter de sombrer – sans rappel – dans la caducité.

C’est donc avec cette notion à l’esprit que, donc, j’explorerai, tantôt à tâtons, tantôt sans hésitation, la langue habituelle, celle qui ne dit pas « plus que jamais » ou « Veuillez accepter, Monsieur, l’assurance de mes sentiments les meilleurs ».

À venir :     Le langage motivé (ou un temps pour tout)

2. Le langage motivé (ou un temps pour tout)

Le langage… non, la langue… non, la parole… comme outil

Avant même d’aller plus loin dans toute incursion discursive dans les sphères de la communication, il est impératif d’ancrer quelques définitions, d’établir quelques nuances.

Il ne sera pas ici question de s’introduire dans les complexités du domaine de la linguistique, domaine où s’enchevêtrent tant de sentiers et de voies labyrinthiques, tracés tous par des penseurs plus ou moins bien intentionnés que d’y entrer se résume à n’en jamais sortir. Je reviendrai un jour sur les viles guerres que se livrent les intellectuels à travers leurs ouvrages.

Asseyons donc de façon très simplifiée trois notions incontournables lorsqu’il s’agit de communication, et tâchons d’y apporter du même souffle les nuances qui se doivent. Rappelons-nous que ces définitions ne s’en remettent pas seulement à la linguistique et ont été taillées sur mesure pour qu’on les comprenne.

ñ   Tout d’abord, il y a le langage. Le langage, c’est la faculté de communiquer au moyen de signes, de codes.

ñ   Ensuite, il y a la langue, ou les langues. La langue, c’est la création et l’organisation de signes et de codes à des fins de communication.

ñ   Finalement, il y a la parole. La parole, c’est la manifestation de la langue, par des moyens sonores ou visuels, voire tactiles.

Évidemment, ce sont les conclusions actuelles(1) simplifiées auxquelles je me livre. Un petit élément à propos de la parole : je crois qu’il est temps d’inclure l’écriture dans la définition de parole. C’est, en fin de compte, d’utiliser ses mains au lieu de ses cordes vocales, de sa langue, de ses lèvres et de ses poumons.

Maintenant, qu’entendrons-nous ici par communication? Simplement dit, La communication est la transmission d’information. Et l’information, dans tout ça? On la donne à manger aux chiens? Oh queux non. L’information est tout ce qui est reçu et assimilé, consciemment ou non. Et donc, tout ce qui est transmis, volontairement ou non. J’inclus le bruit et l’odeur(2), les pincements sur la peau, les enchaînements linéaires de signes codifiés et conventionnels sonores — langue dans sa manifestation orale, donc parole vocale — ou graphique — langue dans sa manifestation écrite, donc parole graphique, ou encore, graphique et embossée (comme le braille, si vous voyez ce que je veux dire).

Donc, fiers de notre savoir, ou du moins de tenir pour acquis ses notions, pour les besoins de l’exposé, comment faire pour non pas communiquer, mais encore mieux, pour passer un message? Pour se faire comprendre? Parce que je sais pas s’il y a en a qui se sont faits la réflexion, mais j’ai toujours pas parlé de compréhension. Ou de toute forme de communication réussie.

La réussite de notre acte de parole, c’est souvent de passer un message. Mais, ça peut être de passer un savon. De passer à un autre appel. De passer le temps.

Donc, il est primordial de définir une intention. Et ce, souvent même avant de se pencher sur l’information à transmettre. Par exemple, dans l’absolu : il faut annoncer des mauvaises nouvelles. Le chef d’État ne veut pas créer d’émoi, les élections approchent, quoi. L’intention n’est pas d’informer la population. Ça, c’est l’obligation, le devoir, en quelque sorte. L’intention, c’est de parvenir à s’acquitter de son devoir en créant le moins de remous possible. C’est comme on dit, « noyer le poisson ».

Alors, sans même savoir qu’il y aura des coupures, puis des inévitables saignées, on peut facilement glaner des semblants de bonnes nouvelles, ou à défaut, en faire apparaître. Le chef d’État veut enrayer le tabagisme mentholé. La pollution par bélinographe en baisse. Le gouvernement dit Non! à une nouvelle taxe sur les biberons : « Les enfants sont notre plus grand avenir », déclare le chef d’État. C’est pas vrai. On s’en fout.

Ensuite, on s’attaque à l’information à transmettre. Et ça donne ceci : Le chef d’État veut enrayer le tabagisme mentholé. La pollution par bélinographe en baisse. Cure minceur pour le régime des travailleurs : en réduisant les incitatifs au chômage par le recours répétitif à l’assurance-travail, l’État compte stimuler l’embauche. Le gouvernement dit Non! à une nouvelle taxe sur les biberons : « Les enfants sont notre plus grand avenir », déclare le chef d’État.

Donc, cette petite et amusante simulation prouve que l’intention peut s’avérer la première étape d’une bonne communication réussie.

À venir : 3. Tout savoir sur l’information. Ou presque. Ou du moins un peu. Le nécessaire, seulement.


(1) Bel oxymore. Il est à vous?

(2) Merci M. Chirac