A priori, les priorités priment

Je suis jeune et, certains iront jusqu’à dire dans le vent (ceux qui disent cela ne sont pas jeunes, les jeunes ne disant pas “dans le vent”), d’autres diront dans le champ. Or, sous le joug à la fois de mon ignorance et des édits grammaticaux, je répète à autrui règles et normes qu’on m’a transmises. Dans le cas présent, il s’agit du classement par ordres de priorité, soit : priorité élevée, moyenne ou faible, etc.

On m’a dit, il y a quelque temps déjà, qu’une priorité était en soi absolue, donc qu’il s’agissait d’un élément en tête de liste. On n’est jamais autre que le premier premier. Donc, une priorité aura toujours préséance sur les autres éléments en jeu.

Par définition, une priorité est ce qui passe en premier par ordre d’importance, d’urgence. Nous utilisons toutefois priorité pour simplement connoter l’importance d’un point par rapport à d’autres. Il serait donc plus « français » de classer nos éléments en ordre d’importance et non de priorité, de dire « Ces dossiers sont de moyenne importance » et non « d’une priorité secondaire », par exemple.

Par ailleurs, dans l’expression priorité absolue, absolue tient le rôle de superlatif et non de simple degré, du genre « absolue>moins absolue ».

Cela dit, des sources habituelles approuvent l’utilisation relative de priorité en certaines occasions.

Office québecois de la langue française :

Toutefois, dans la mesure où l’on peut cibler plusieurs priorités, il serait normal de les classer et d’en placer une en première position. L’expression première priorité n’est donc pas nécessairement illogique, bien qu’elle demeure maladroite au point de vue stylistique et gagne à être remplacée par des formulations telles que : priorité des priorités, priorité absolue, priorité fondamentale, priorité majeure, absolument prioritaire.

Bureau de la traduction, gouvernement du Canada :

L’expression habituelle est donner la priorité ou donner une priorité : Donner la priorité à quelque chose. Donner la priorité absolue à la lutte contre l’inflation. Donner une priorité accrue aux hôpitaux sinistrés. La priorité plus ou moins grande qui est donnée aux transports collectifs.

L’emploi de priorité au pluriel est attesté : La santé et l’éducation devraient être les deux grandes priorités du gouvernement. Le terme implique alors qu’il s’agit, non pas nécessairement de la chose la plus importante ou la plus urgente qui soit, mais simplement d’une chose plus importante ou urgente que d’autres.

Mais bon, il faut dire que la langue administrative, sous l’empire de la plume de mauvais rédacteurs (rien à voir avec leurs qualités d’administrateurs) s’est considérablement appauvrie au fil des ans et de l’accélération de la vie, et l’anglais des affaires et de l’administration gravite autour d’un noyau de termes hyperutilisés (develop, project, implement, identify, -based, -centric et tutti quanti). Les rigueurs de ce domaine ont amené, j’imagine, rédacteurs et traducteurs non-anglophones à céder à cette influence jusqu’à en perdre leur latin, les échéanciers de plus en plus serrés étant devenus de plus en plus… prioritaires, quoi!

Advertisements