Que me galvaude cet honneur?

(Musique d’ouverture au ton triste, style publicité d’assurance-vie) Ce billet ouvert, je le dédie à nous tous qui, à un moment ou un à un autre, et plus souvent qu’à notre tour, avons manié à tort et à travers des mots autrement tout à fait respectables. Par la distorsion généralisée de leur(s) sens et la répétition outrancière de ces mots à des usages qui ne leur étaient pas destinées, nous avons souvent égaré leur essence même, et ils errent désormais de palais en palais sans qu’on ne les reconnaisse pour ce qu’ils sont réellement.

C’est aussi l’occasion de faire des distinctions claires entre des termes souvent confondus.

1. imputabilité

Semblant d’équivalent du accountability anglais, il n’a en vérité pas le même sens. Être imputable, c’est possible, si nous sommes nous-mêmes une faute, par exemple si votre mère vous dit «que sa ruine vous est imputable.» Généralement, par contre, on dira que la crise financière est imputable à la mauvaise gestion des fonds boursiers (et non à la malhonnêteté des gestionnaires). Il serait plus juste de parler de responsabilisation. À cet égard, consultez cette entrée, issue des Clefs du Français pratique, du Bureau de la traduction du Canada.

2. hyper

Ce mot est en effet hyperutilisé. Du grec huper, cet élément, préfixé à tout et à rien, marque l’exagération, l’excès, ou ce qui est le plus haut degré. Hyper ne devrait pas servir de simple superlatif ou mélioratif. Donc, dire que quelqu’un est hyper relax, c’est réellement dire que cette personne est dans un état quasi végétatif. Donc, ce n’est pas cool. Dites-le vous. Un accident est si vite arrivé.

3. littéralement

Quand quelqu’un quelque par fait quelque chose littéralement, c’est qu’il le fait au sens propre. Par exemple, l’autre soir, je regardais CSI:Miami. J’étais fort captivé, entre autres par le jeu intense et hypnotique de David Caruso, mais je n’étais pas littéralement soudé à mon sofa. En fait, j’étais seulement avachi et les piles de la télécommande étaient mortes (pas littéralement). J’étais soudé, au sens figuré. Par contre, un autre l’autre soir, je regardais La veuve de St-Pierre et je me suis littéralement endormi.

À ce sujet, voici un extrait d’un spectacle-disque de David Cross, extrait qui porte justement sur l’usage erroné de littéralement. C’est en anglais, je préfère vous en aviser.