Citer, ça rend crédible (anonyme)

Si vous êtes comme moi, à quelques détails près, vous avez déjà cité un grand-parent, un quelconque aïeul (mais pas Mes Aïeux, beurk!) ou Oscar Wilde dans le but non avoué d’ajouter du poids à votre énoncé. Si vous êtes comme plusieurs, peut-être avez-vous même attribué à une autre personne une maxime ou une pensée qui était en vérité de votre cru. Et si vous êtes comme tant d’autres, peut-être avez-vous cité quelqu’un d’autre sans que cet autre n’aie jamais émis de telles paroles.

Dans le premier cas, la citation que l’on rapporte est souvent un appel à l’autorité, une façon de dire que d’autres, et des plus sages, se sont faits la réflexion avant nous; c’est encore une manière de légitimer nos intentions, p. ex. : « Comme Einstein le disait si bien, y a pas l’feu au lac. », ou encore : « Mon grand-oncle, un droguiste excentrique, répétait à qui voulait bien l’entendre qu’il y a un moment pour les sandwichs et un autre pour le Rohypnol.» Et là, on ajoute à notre tour que ce n’est en aucun cas  le moment pour les sandwichs.

Tout le monde le fait. Politiciens et artistes (blanc bonnet, bonnet blanc) vont disperser  aux quatre vents les citations des personnes simples qui sont venues leur dire que leur vision avait changé leur façon de  voir le monde : « Lorsque j’étais en tournée dans la campagne (voyez, artiste, politicien, c’est pareil!), un jeune enfant orphelin s’est approché de moi et m’a dit “Grâce à vous, je rêve d’un monde meilleur”. »

Et puis après, il y a les journalistes, et pis encore, les journalistes sportifs, sont parmi les personnes les plus agaçantes au monde après les mimes, mais loin derrière les chroniqueurs de mode. Il y a donc les journalistes sportifs qui, pour meubler la grande partie de leur temps de micro, accordent à des sportifs des propos qui ne sont ass-uré-ment pas venus d’eux, du genre : « J’ai demandé à Tod Udubeur l’autre jour quelle était, selon lui, la plus grande force de son adversaire et ami Mac Roddeney? Il m’a dit que c’était sa capacité à décortiquer son adversaire et à capitaliser sur les fruits de son analyse. Et ça se voit ce soir. »

Puis il y a les exergues, citations en tête de livre ou de chapitre,  qui nous font savoir, d’entrée de jeu, que l’auteur a déjà lu. Tout auteur se doit, un jour ou l’autre, de citer Kundera ou Euripide. Moi, dans mon prochain livre, je citerai Marcel Marceau. Bien sûr, sans conteste et évidemment, les références à Voltaire ou à Yogi Berra, c’est doux à placer et et ça fait rire. Mais pour le reste, je ne sais pas ce qui nous pousse tous à le faire: probablement l’agacement de ne pas croire seulement au pouvoir de persuasion de notre propre voix. Ou parce qu’on se trouve fondamentalement ennuyeux tant qu’on n’a pas de citation sur une carte de fête. Je n’en sais rien, pour paraphraser Socrate. Enfin, il y a tout ça et en fin de compte, tout ça n’a rien de mal en soi, mais c’est du moins curieux, comme on dit.

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