1. Topographie de l’écriture

Topographie de l’écriture

Préambule

Je m’y mets, après tant de temps passé à ressasser de simples idées de base, à remâcher mes mots, à refaire ces phrases que je ne disais pas. J’en avais conclu qu’un blogue n’est un cadre convenable au perfectionniste que si celui-ci consent à l’être moins.

J’hésitais, me désistais à mon désir, non mon devoir, d’élaborer d’abord sur ce sujet que j’ai jusqu’à ce jour à peine percé, mais perçu (par expérience) comme une émanation mystique de l’âme, se manifestant par son ou dessin : la parole.

La parole écrite ou l’écriture

S’il paraît ambitieux de s’attaquer à l’écriture, sujet si vaste, aux ramifications si étendues, au contenu si massif, mes ambitions, elles, ne sont pas démesurées. Ce serait s’imposer une lourde commande de penser décrire et circonscrire l’écrire, aussi érudit soit-on, ce qui n’est guère mon cas. Bien sûr, comme tant d’autres au parcours comparable, j’ai avalé les lectures primordiales sur le langage et la sémantique; consommé quelques carnets de graphisme, de sémiotique; survolé par volonté vocationnelle des précis de grammaire, et tâté du traité de rédaction et d’usabilité Web 2.0..

Par curiosité, sans doute, mais aussi pour ne pas être pris en défaut. Surtout, par-dessus tout, pour savoir mieux écrire, pour pouvoir écrire peut-être plus souvent. Ou tout simplement pour dire plus en parlant moins. Enfin, parce que l’écriture repue que l’on lit dans les réclames et à la une, la langue circulaire qu’ont léguée les publicistes, journalistes, langagiers et académiciens à leurs rédacteurs, réviseurs et écrivains recrues demeure repère, répertoire et référence (plus tard archive), mais à cette heure, inspiration.

À ce titre, la première erreur du grammairien ne serait-elle pas de croire comprendre la nature des langues naturelles en se persuadant qu’au moment de les apprendre, elles ont atteint leur finalité? Soyons francs: aucune langue existante – pas même inventée – n’a de degré zéro; aucune n’est née en un moment, spontanément, sans autre origine que ces interlocuteurs. Chaque grammaire (dans le sens de structure linguistique) est la compilation de longues mutations, mais aussi de prescriptions arbitraires visant, d’une part à normaliser les communications d’une société, et d’autre part, à créer un clivage entre une classe sociale et les autres; et d’autre d’autre part, à cimenter un identitaire national bancal. Par ailleurs, la plupart des langues dites modernes (lisons européennes), n’occupent qu’une infime laize de l’existence de la parole, et sont surtout un produit conditionné par des organes du pouvoir.

En ce sens, l’insistance à appliquer des édits grammaticaux en rupture totale avec et la langue parlée et la réalité du monde contemporain, loin de valoriser la parole, la range à l’étrange rang de loi universelle. Les lois du monde, charnières ou routières, sont ponctuellement revues et modifiées, parce que le monde qu’elles doivent refléter change et ne correspond plus aux circonstances dans lesquelles elles sont nées.

Il n’est pas ici question de remettre en doute la pertinence de l’aménagement linguistique, de la préservation d’une langue – pinacle des symboles identitaires – ou de l’élévation culturelle de ses usagers. Il s’agit de comprendre et d’accepter qu’en tant qu’organisme en perpétuelle mutation, la langue ne peut être fixée à de fausses bases, ni régie par quelques érudits s’accrochant à des règles typographiques comme à autant de pitons pour éviter de sombrer – sans rappel – dans la caducité.

C’est donc avec cette notion à l’esprit que, donc, j’explorerai, tantôt à tâtons, tantôt sans hésitation, la langue habituelle, celle qui ne dit pas « plus que jamais » ou « Veuillez accepter, Monsieur, l’assurance de mes sentiments les meilleurs ».

À venir :     Le langage motivé (ou un temps pour tout)

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